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ALI REZA MAGHADDAMI. Un transfuge de l’organisation MKE (OMPI) raconte

Posted by geostratos sur 30 novembre 2006

Ali Reza Maghaddami est un Iranien. Né en 1972, il est entré dans l’organisation des Moujahidine-e-Khalq (MEK) en 1993 et était stationné en Irak. Il s’en est enfui en 2003, après l’attaque américaine.

Source : Centre d’Etude sur le Terrorisme.

Alain Chevalérias : Pourquoi êtes-vous rentré dans les MEK (Moujahidine-e-Khalq).

Ali Reza Maghaddami : Je faisais mon service militaire sur la frontière avec l’Irak et je rêvais de partir en Europe. J’ai traversé la frontière et je suis arrivé en Irak. La police m’a alors arrêté et jeté en prison. Dans la prison, un visiteur de chez les MEK m’a dit, que si je voulais partir en Europe, il fallait plutôt que je rejoigne l’organisation des Moujahidine. J’ai accepté (1).

A.C. : Croyiez-vous dans l’idéologie des MEK ?

A.R.M. : Non, parce que je n’ai jamais beaucoup aimé la religion.

A.C. : Ils tiennent aussi un discours proche du marxisme.

A.R.M. : Leur idéologie est surtout religieuse. Je ne comprends pas très bien, mais nous n’étions que trois à être qualifiés, non de marxistes, mais de gens de gauche. L’organisation n’acceptait de travailler qu’avec des gens religieux et nous étions tous les trois isolés. Par exemple, nous n’avions pas accès aux réunions.

A.C. : A partir de quel moment avez-vous eu envie de quitter les MEK.

A.R.M. : Les deux ou trois premières années, j’ai adhéré à leurs idées. Elles me fascinaient. J’étais convaincu qu’il fallait que je sois un bon musulman et que Massoud Rajavi était le seul représentant de l’islam véritable.

A.C. : Je ne comprends pas. Vous m’avez dit ne pas être intéressé par la religion.

A.R.M. : Oui, quand je suis entré dans l’Organisation. Mais ce sont les Moujahidine qui m’ont introduit dans la croyance religieuse. Ils disent de belles choses. Ils parlent de démocratie et affirment vouloir le meilleur pour l’Iran. Mais, avec le temps, on se rend compte que ce qu’ils disent vouloir pour l’Iran, ils ne le pratiquent pas à l’intérieur de l’Organisation. Un an après mon arrivée, Massoud s’est occupé personnellement d’un programme qualifié de  » Disparition de l’ambiguïté.  » Ce programme était mis sur pied pour s’assurer que les nouveaux venus n’étaient pas infiltrés par les services de renseignement de l’Iran. A un moment, dans ce cadre, 400 personnes ont été mises en prison. A chaque fois que des gens de la Croix Rouge Internationale effectuaient une visite au camp d’Achraf, où nous étions, les prisons étaient transformées en dortoirs et retournaient à leur usage habituel après le départ des gens de la délégation.

A.C. Comment se déroulait ce programme de  » Disparition de l’ambiguïté  » ?

A.R.M. : Le soir, avant d’aller nous coucher, un haut responsable de l’organisation venait nous chercher. En jeep, il nous emmenait devant un container et nous y faisait entrer. D’autres hauts responsables de l’organisation étaient là, dont un chargé des affaires judiciaires. Je ne me souviens plus de son nom, mais je sais qu’il avait des activités diplomatiques importantes à Paris. On nous donnait un formulaire à remplir pour dire quel type de relations nous entretenions avec les services secrets iraniens. Quand nous répondions que nous n’avions aucune relation avec ces derniers, nous étions conduits dans un autre lieu, sévèrement battus, puis jetés en prison.

A.C. : C’est votre cas ?

A.R.M. : Oui.

A.C. : Connaissez-vous les noms d’autres personnes battues ?

A.R.M. : Il y avait un certain Akbar Akbari Zadeh qui portait des traces partout sur les jambes. Il y avait aussi Faramarz Khosravi, un haut responsable pourtant. Il avait reçu tellement de coups de pieds que son visage était tout noir. Deux autres ont été tués sous la torture, dont un garçon du nom de Parviz, en 1994. Au bout de six mois, on nous a donné des formulaires pour rédiger nos aveux et avouer notre prétendue appartenance aux services secrets iraniens. Après, quoi, on nous a divisé en deux groupes et emmenés chez Massoud. Dans la base de Parsian, je crois. Là, on nous a obligés à écrire que nous étions des agents secrets. Certains ont fini par céder, dont moi. Après quoi, Massoud nous a dit  » Je sais que vous n’êtes pas des agents de l’Iran, mais vous l’avez écrit et maintenant on ne sait plus la vérité…  » Puis il nous a embrassé un par un et nous a donné à chacun une photo de Maryam. Enfin, il nous a dit de reprendre nos activités dans l’Organisation et de faire comme les chiens.

A.C. : Faire comme les chiens ? Qu’est-ce que cela signifie ?

A.R.M. : C’est le mot qu’il a utilisé. Cela voulait dire de chercher les agents iraniens qui ont infiltré l’organisation avec le flair des chiens. J’ai compris plus tard la raison de ces formulaires que nous étions obligés de signer. Des membres des MEK avaient réussi à quitter l’Organisation et s’étaient rendus en France et dans le reste de l’Europe. Là, ils donnaient des informations très négatives pour la réputation de l’Organisation quand cette dernière avait peiné à offrir d’elle une image positive. Si un jour nous devions quitter l’Organisation, ses dirigeants pouvaient montrer un papier signé de notre main sur lequel nous confessions notre appartenance mensongère aux services iraniens. Massoud lui-même avouait l’usage de ces documents.

A.C. : Quel était votre travail dans l’Organisation ?

A.R.M. : J’étais pilote de BMP1, des transports de troupes blindés. Ensuite, j’ai piloté des chars.

A.C. : Pouvez-vous parler de l’arrivée des Américains en Irak ?

A.R.M. : L’Organisation ne pouvait plus mettre la pression sur ses membres. Après nous avoir désarmés, les Américains nous avaient donné des cartes d’identité. Ils savaient combien nous étions. Nous ne pouvions plus disparaître. Finalement, c’est la démocratie occidentale qui nous a sauvé. Sous Saddam, nous ne pouvions pas nous échapper. Et puis, Massoud et Maryam se sont révélés sous leur véritable jour. Ils se prétendaient les porte-drapeaux de la révolution dans le monde.

A.C. : Ce n’est pas un peu marxiste ?

A.R.M. : C’est ce qu’ils disaient. Mais avant même l’arrivée des Américains, ils s’étaient enfuis avec les plus hauts responsables de l’Organisation.

A.C. : Où est Massoud Rajavi ?

A.R.M. : Pour moi, il est entre les mains des Américains en Irak. Nous n’avions aucunes nouvelles de lui. Nous n’avions pas le droit de poser de questions sur lui. Même pas de dire son nom. Avant de disparaître, il nous disait qu’il n’existe pas de Wilayat-e-faqih (2). Il disait,  » Je suis un guide idéologique.  » Il donnait des fatwas (3). Par exemple, au cours du jeun du Ramadan, il décidait si nous pouvions manger ou non pendant les opérations militaires. Il faisait aussi des prophéties. Quand Khatami a été élu, il a dit, dans six mois, nous serons à Téhéran et nous prendrons le pouvoir. C’était il y a neuf ans.

A.C. : Comment avez-vous quitté la base d’Achraf ?

A.R.M. : Nous étions trois amis. Deux d’entre nous avaient reçu la visite de leurs parents. Les Américains avaient obligé l’Organisation à accepter ces visites au lendemain de l’attaque de l’Irak. Leurs parents, comme les autres, leur ont dit :  » Le régime islamiste vous a pardonné. Vous pouvez rentrer au pays. Quelques-uns de vos amis sont déjà rentrés et mènent une vie normale.  » Leurs parents leur avaient donné de l’argent pour s’enfuir. Nous avons décidé de partir.

A.C. : Maintenant vous vivez en Iran. Voyez-vous d’autres anciens Moujahidine pardonnés par le régime comme vous ?

A.R.M. : Oui, l’un d’eux habite même pas très loin de chez moi. Nous nous téléphonons les uns et les autres.

A.C. : Rencontrent-ils des problèmes pour retourner dans la vie civile ?

A.R.M. : Au début, nous avions un problème de carte d’identité. Maintenant c’est résolu. Notre situation est aussi clarifiée vis à vis des autorités judiciaires.

A.C. : Et les gens, vos compatriotes iraniens, comment vous voient-ils ?

A.R.M. : On ne leur dit pas que nous étions dans l’Organisation.

A.C. : Pourquoi ?

A.R.M. : Parce que les gens n’aiment pas les Moujahidine, à cause des attentats qu’ils ont commis en Iran et de leur trahison aux côtés de Saddam Hussein.

A.C. : Les gens doivent vous poser des questions, vous demandez où vous étiez pendant aussi longtemps…

A.R.M. : Nous répondons que nous étions en Turquie ou à Chypre. Le problème apparaît quand on nous demande où est l’argent gagné.

A.C. : Quel regard jetez-vous sur ces onze années passées dans les Moujahidine ?

A.R.M. : L’organisation est comme une rue à sens unique. Quand on y entre, on ne peut plus en sortir. On y perd sa liberté. Il est même interdit d’écouter la radio, les émissions de la BBC, la radio américaine, où celle d’Israël. La radio iranienne elle-même nous était interdite. Nous ne savions des événements que ce que la télévision des Moujahidine nous disait. Rien en réalité, me suis-je aperçu en sortant. Nos chefs nous disaient :  » Un MEK qui écoute la radio iranienne n’est pas un moujahid, il a oublié ses frontières. « 

A.C. : Comment réagissent les Moujahidine de se sentir coupés de leurs chefs qui se sont enfuis ?

A.R.M. : Certains demandent pourquoi Maryam est partie en France. L’Organisation a des réponses enfantines. Elle dit, que si un jour il arrive quelque chose en Irak, elle aura au moins des forces en France. De cette manière le mouvement continuera.

A.C. : Vous avez vu des journalistes visiter Achraf ?

A.R.M. : Oui, souvent.

A.C. : Qui ?

A.R.M. : Je ne me souviens pas des noms.

A.C. : Vous connaissez Fariba Achtroudi ?

A.R.M. : Oh ! Oui, elle venait souvent en Irak avec les autres membres du Conseil National de la Résistance. Mais quand ils venaient, l’Organisation leur montait une véritable pièce de théâtre pour les empêcher de voir ce qui se passait réellement. Par exemple, Achtroudi assistait à toutes les fêtes de l’Organisation en Irak. Mais à chaque fois qu’elle adressait la parole à l’un d’entre nous, il était entouré par les responsables. Il ne pouvait rien dire qui déplaise à l’organisation.

A.C. : Avez-vous parlé à Achtroudi ?

A.R.M. : Non, mais j’étais à côté…

A.C. : Quelle langue parlait-elle ?

A.R.M. : Persan, mais pas très bien, il y a des mots qu’elle ne comprend pas…

NOTES :

(1) Cette procédure est habituelle chez les MEK qui recrutaient les Iraniens, prisonniers de guerre ou de droit commun, dans les prisons de Saddam Hussein. Ils leur promettaient une meilleure vie que celle vécue en prison en échange de leur ralliement.

(2) C’est le principe constitutionnel du  » gouvernement des sages  » qui a permis à la caste religieuse chiite d’Iran de prendre le pouvoir avec la révolution islamique.

(3) On voit là Massoud poser au leader religieux musulman.

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