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Le CNRI, un organe paravent au service de l’OMPI ?

Posted by geostratos sur 16 mars 2007

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C’est ce que semble croire le ministre des Affaires étrangères Karel de Gucht. En effet, lors de sa condamnation de la rencontre de Maryam Radjavi avec des Sénateurs belges, il a indiqué le 26 octobre dernier « le Conseil national de la résistance iranienne est une association paravent de l’OMPI…Cette dernière a commis des actes terroristes en Iran elle a aussi pratiqué la torture… »

Qu’est ce que le CNRI ?

A sa création en 1981, le Conseil national de résistance iranienne (CNRI) regroupe, autour de l’OMPI, sa principale composante, d’autres mouvements de l’opposition iranienne, tels que le Parti démocratique kurde d’Iran (PDKI), mouvement indépendantiste dirigé par Ghasem Loo, le Front national démocratique (FND), le Hoviyat (une branche des Fedayin), l’Union des communistes d’Iran (UCI), le Parti des travailleurs (PT), l’Union pour la libération des travailleurs (ULT), le Conseil de la gauche unifiée pour la démocratie et l’indépendance (CGUDI) et divers autres groupuscules de gauche. Les Moudjahidin refusent cependant l’adhésion d’autres mouvements de l’opposition, tels que le Mouvement de libération de l’Iran (MLI) ou Parti de la Liberté (PL), de Mehdi Bazargan, premier président de la République islamique d’Iran et ancien bras droit de Khomeiny, les Fedayin du peuple, le parti Toudeh (ou Parti communiste iranien) et les Monarchistes, particulièrement les Iraniens constitutionnalistes (IC) et l’Organisation du drapeau de la liberté de l’Iran (ODLI). Quant au Front national, parti nationaliste de l’ancien Premier ministre Mohamed Mossadegh, qui rejette le concept même de gouvernement islamique, il a refusé lui-même d’adhérer à cette instance.

Coalition politique des forces démocratiques iraniennes, faisant fonction de Parlement en exil, le CNRI est censé agir comme un gouvernement provisoire après le renversement des mollahs. Rapidement, ses membres non issus des rangs des Moudjahidin butent contre le style autoritaire de Massoud Radjavi, dont la décision unilatérale de lier le Conseil à l’Irak soulève un tollé général. Cette alliance, considérée par certains comme un acte de trahison, a été formellement négociée par le chef des Moudjahidin avec le ministre irakien des Affaires étrangères Tarek Aziz au cours d’une réunion tenue en janvier 1983 en France. Abolhassan Bani Sadr, le membre le plus important du CNR, proteste contre cette alliance contre nature. « Deux groupes coexistaient au sein du CNRI. Le premier préconisait le renversement du régime islamiste par tous les moyens, quitte à accepter l’aide de l’étranger. Tout en visant le même objectif, le second était opposé, par principe, à toute aide étrangère. Rajavi faisait partie du premier et moi du second. Je ne cessais de dire à ce dernier et à ses partisans : « Ne soyons pas injustes à l’égard du peuple iranien et de ses martyrs « . Ils ne m’ont pas écouté », raconte Bani Sadr, qui quitte officiellement le CNR en 1984. En même temps, sa fille, Feirouzeh, qui avait épousé le chef des Moudjahidin peu de temps après son arrivée à Paris, demande et obtient le divorce. Entre les deux alliés d’hier, la rupture est consommée : définitivement.

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Le CNRI entame ainsi un lent processus de désintégration. Pour protester contre les méthodes dictatoriales de Massoud Radjavi, la plupart des groupes qui le composent rendent leur tablier l’un après l’autre. Le chef des Moudjahidin, qui cherche à contrôler totalement cette instance, s’oppose à toute forme de débat démocratique en son sein. « Les Moudjahidin déterminaient qui pouvait les rejoindre, (…) qui méritait le droit (…) de voter (…). Les détracteurs étaient rejetés du Conseil national ou réduits au silence », raconte Ervand Abrahamian Le Parti démocratique kurde d’Iran (PDKI), qui quitte officiellement le CNRI en 1986, expliquera les raisons de ce départ, huit ans plus tard, en ces termes : « Nous considérons les Moudjahidin, à la lumière de notre propre expérience avec eux, entre 1981 et 1986, et de leur attitude vis-à-vis des autres formations de l’opposition démocratique iranienne, comme une organisation antidémocratique et sectaire. Nous ne pouvons, en conséquence, faire confiance à leur fidélité aux aspirations démocratiques du peuple iranien ».

Interrogé sur les causes de son départ du CNR, Khan Baba Tehranais, un militant de gauche, ancien membre de la Confédération des étudiants iraniens (CEI), qui vit actuellement à Hambourg, en Allemagne, a répondu : « Les Moudjahidin n’ont pas joué le rôle fédérateur et unificateur qui était censé être le leur. Ils ont toujours cherché, au contraire, à imposer leur domination et ne se sont pas gênés de semer la zizanie parmi les autres forces de l’opposition iranienne ».

cnri3.jpg Devenu une coquille vide, le CNRI est composé aujourd’hui de quelques centaines de membres (entre 200 et 300 selon les versions), en majorité des dirigeants de l’OMPI, entièrement contrôlé par Massoud Radjavi. Les groupes associés, qui portent des noms divers (Association des étudiants musulmans, Association des enseignants et des professionnels iraniens, Association des femmes iraniennes, etc.), n’ont qu’une existence factice. Ils sont censés donner au CNR l’apparence d’une instance regroupant « toutes les forces politiques qui combattent la dictature religieuse et terroriste en place en Iran et qui représentent les diverses couches sociales de la population iranienne », selon la phraséologie du mouvement.

Dans ce conseil où les adhérents individuels ont un droit de vote égal à celui des groupes, les critères d’adhésion ne sont pas clairement définis. En fait, c’est la présidence (aux mains de l’OMPI) qui décide des adhésions selon son bon vouloir, ce qui vide cette instance de toute légitimité et crédibilité.

En fait, à l’heure actuelle, l’OMPI est la seule organisation membres du CNRI qui lui sert de façade politique.

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