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Dossier Pakistan

LE PAKISTAN, COTE OBSCUR

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Benazir Bhutto, présidente du Parti du peuple pakistanais (PPP) et figure de l’opposition est décédée le 27 décembre dernier dans l’attentat qui a visé son rassemblement électoral à Rawalpindi.

Dire que la situation est confuse est peu de choses. On ne sait pas qui l’a fait ni les réelles motivations. Même les versions de sa mort divergent puisque certains parlent des suites de l’explosion du kamikaze alors que d’autres parlent de blessures par balles. Ce qui fait inévitablement pensé à des snipers qui auraient « doublé » le travail du kamikaze.

Si cette version d’un attentat « professionnel » devait se confirmer, elle validerait l’impression de nombreux observateurs qui pensent que Musharraf est derrière tout cela même si pour cela, les services secrets pakistanais ont du manipulé l’un ou l’autre groupe islamiste.

Les services secrets pakistanais, dont l’ISI est le plus connu sont omniprésents, tout puissants. Ils sont les faiseurs et défaiseurs de présidents et c’est leur ombre qui plane sur tous les tragiques événements de ces dernières années. C’est pourquoi, nous avons pensé utile de faire ce petit dossier sur l’histoire, l’organisation et ses méthodes de ce qui est aujourd’hui sans doute le service secret qui influe le plus dans la vie politique intérieure de son pays.

Les services de renseignements pakistanais

Un peu d’histoire

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Depuis 1953 et le début de l’aide militaire et économique des USA vers le Pakistan, les deux pays ont toujours fait bloc commun. D’abord contre le danger communiste, ensuite pour aider la guérilla afghane contre l’armée d’occupation soviétique et enfin contre les Talibans (du moins en apparence).

Cette collaboration s’est bien entendu aussi concrétisée dans le domaine des services de renseignement.

Ainsi le Pakistan a permis aux USA de disposer de bâtiments pour leurs services de renseignement et d’installations de communication. Le Pakistan agissait ainsi moins par peur d’un danger soviétique ou chinois que pour se renforcer face à l’ennemi voisin indien.

Suite à son coup d’état, le général Zia qui cherchait des appuis pour son régime se mit à courtiser les milieux religieux fondamentalistes. C’est néanmoins sous son régime que la CIA va fournir aux services secrets pakistanais, une grande quantité de matériel d’espionnage et la formation qui allait avec. On estime que la CIA initiera à ses méthodes, 200 agents des services pakistanais.

Suite à l’invasion de l’Afghanistan par les Soviétiques, les relations entre les USA et le Pakistan vont encore s’amplifier. C’est aussi à cette époque que Zia et le chef de ses services de renseignement, le général Akhtar Abdur Rahman, se mirent à soutenir en priorité les groupes afghans les plus fondamentalistes, en particulier le chef de guerre Gulbaddin Hikmatyar.

Les différents services

Les trois services de renseignements au Pakistan sont : l’ISI, Military Intelligence [MI] – le Renseignement militaire and the Intelligence Bureau [IB] – Service de Renseignement.

Chaque service a son propre domaine de prédilection : l’ISI et le MI pour les domaines d’intérêt extérieur ou militaire. Le IB se concentre sur la surveillance des activités politiques à l’intérieur du pays.

The Intelligence Bureau

Il doit surveiller les hommes et femmes politiques, les activistes de tous bords, les suspectés de terrorisme ou de sympathie pour le terrorisme et les supposés agents étrangers. L’IB est un des responsables du harcèlement des partis politiques d’opposition. On croit savoir que pose de micros et interception de courriers sont des modes d’actions habituelles de l’IB.

Ce service est directement sous le contrôle du cabinet du premier ministre. Sous le gouvernement de Benazir Bhutto en 1993, l’IB civil fut nettement renforcé au détriment de l’ISI complètement tenu par les militaires.

Directorate for Inter-Services Intelligence [ISI]

The Directorate for Inter-Services Intelligence [ISI] – la Direction des Renseignements Inter Services a été fondée en 1948 par un officier de l’armée britannique, le Maj Gen R Cawthome.

Les tâches de l’ISi sont : la collecte de renseignements tant à l’intérieur que l’extérieur du pays ; la coordination des différents services de renseignement, surveillance des étrangers, des médias, des forces politiques et des diplomates ; l’interception et la surveillance des communications, et la conduite d’opérations clandestines…

L’ISI est rapidement devenu un état dans l’état, n’acceptant de véritable contrôle ni de l’armée, ni du premier ministre ni même du président. Le résultat en est que la corruption liée à l’argent de la drogue est pratique courante. D’autant que plus que ces narco-dollars ont aussi servi à financer les activités au moment de la guerre en Afghanistan et finance encore aujourd’hui des opérations clandestines, au Punjab et au Cachemire, dirigées contre l’Inde.

L’ISI compte environ 10,000 membres, sans compter les informateurs ou autres “auxiliaires”. Il est organisé en 7 divisions

•Joint Intelligence X (JIX) : sorte de secrétariat qui coordonne et fournit l’assistance administrative aux autres divisions de l’ISI. Il prépare également les notes d’information et l’estimation de la menace

•The Joint Intelligence Bureau (JIB), responsable du renseignement politique, était la composante la plus puissante de l’ISI jusque fin des années 80. Le JIB possède lui-même trois sections différentes dont une est dévolue aux opérations dirigées contre l’Inde.

•The Joint Counter Intelligence Bureau (JCIB) est responsable pour la sécurité des diplomates pakistanais stationnés ou responsables d’opérations de recherché de renseignements au Moyen orient, Asie du Sud, Chine, Afghanistan et anciennes républiques musulmanes d’URSS.

•Joint Intelligence / North (JIN) est chargé des operations au Cachemir : infiltration, exfiltration, propagande et autres opérations clandestines. Il est tenu pour acquis que l’ISI fournit armes, entrainement et assistance aux terroristes du Punjab, du Cachemire et des frontières Nord est de l’Inde.

•Joint Intelligence Miscellaneous (JIM) pratique l’espionnage dans les pays étrangers

•The Joint Signal Intelligence Bureau (JSIB) : possède une section pour l’interception de communication, des écoutes téléphoniques et des prises de photos. A sous sa responsabilité, le long de la frontière avec l’Inde, une série de stations radios chargées de garder contact avec les personnels en opération au Cachemire.

•Joint Intelligence Technical : fournit le matériel nécessaire à toutes les autres divisions

A noter qu’il existerait un service spécialisé dans le domaine de l’explosif et un autre dans le domaine des armes chimiques.

La “Bank of Credit and Commerce International” (BCCI) serait la courroie de transmission financière pour l’ISI Malgré le côté militarisé de l’ISI, ce dernier se concentra tellement sur le contrôle des opposants intérieurs qu’il fut incapable de fournir des renseignements militaires fiables au moment de la guerre contre l’Inde en 1965. Suite à cette déficience, le service fut réorganisé.

L’arrivé au pouvoir des militaires renforça considérablement l’ISI jusqu’au moment où le premier ministre Ali Buttho (père de Benazi), inquiet par la montée en puissance de ce service militaire, créa les Forces de Sécurité fédérales avec comme but avoué de contrebalancer un ISI devenu incontrôlable.

Mais lors de la prise de pouvoir, par la force en 1977, du général Zia, ces forces furent dissoutes. Il est vrai que le nouveau régime se reposait entièrement sur l’ISI pour le contrôle des opposants politiques.

Suite à l’invasion de l’Afghanistan par les Soviétiques, le Pakistan devint un haut point stratégique et les USA se mirent à appuyer le régime, sans être très regardant ni à son niveau démocratique ni au développement de l’arme nucléaire.

Grâce au soutien américain, l’ISI put entrainer et conseiller la résistance afghane. Les commandos spéciaux de l’armée pakistanaise allant même jusqu’à accompagner les mujahidine dans certaines de leurs missions en Afghanistan. On estime que ce sont près de 83.000 rebelles afghans qui sont passés dans les camps d’entrainement de l’ISI.

Le Pakistan paiera d’ailleurs le prix fort pour cet appui puisque les troupes soviéto-afghanes iront jusqu’à mener des raids sur des camps situés au Pakistan. Sans oublier la vague de sabotages et d’attentas qui furent organisé par les services secrets afghans et soviétiques. Au point que sur les 777 actes de terrorisme recensés dans le monde en 1987, 90% avaient eu lieu au Pakistan.

C’est à cette époque que l’ISI noua des contacts très étroits avec certaines futures composantes d’ Al Qaïda. Plus tard, l’ISI soutinendra les talibans.

Il faudra le 11 septembre et la pression américaine pour que l’ISI accepte de lâcher ses anciens alliés. Lacher est d’ailleurs un grand mot puisque plusieurs sources prétendent que l’ISI est gangréné par des éléments islamistes qui limitent son efficacité dans la lutte contre Al Qaida.

Un autre front extérieur où l’ISI fut et est toujours actif, c’est le Cachemire. Ce territoire, sous contrôle indien, est depuis longtemps le théâtre d’une guérilla de tendance islamique qui est entrainée, armée et financée par l’ISI.

On estime qu’il y a actuellement entre 5 et 10.000 rebelles armés au Cachemire, répartis dans plusieurs groupes terroristes (voir plus loin). Des groupes similaires ont aussi été crée au belgladesh et dans certains états indiens.

Les autres

Il y a encore Le Military Intelligence plus spécialisé dans les informations de type militaire même si à une époque, il tenta de rivaliser avec l’ISI dans la répression politique intérieure.

Notons enfin quelques services spécialisés dépendant du gouvernement central comme l’Agence Fédérale d’enquête (qui a une époque aurait eu des contacts poussés avec les services israéliens), la police des chemins de fer et des aéroports, une Task force anti-corruption et divers groupes paramilitaires tels que les Rangers ou les gardes frontières.

Les groupes terroristes au Pakistan

Le Pakistan est en première ligne dans la guerre internationale contre le terrorisme. Il est en effet la source de nombreux courants islamistes radicaux et semble être un refuge pour de nombreux terroristes de premier plan.

Il subit une violence régulière. C’est ainsi que près de 900 personnes ont été tuées et près de 1500 blessées lors d’attaques terroristes en 2006.

Il y a également une violence religieuse y compris au sein des communautés musulmanes. On compte aussi des groupes séparatistes, notamment au Balouchistan.

Mais c’est sans nul doute les réseaux inspirés par Al Qaida (AQ) qui sont actuellement la principale menace pour le Régime. Et il y a régulièrement des combats meurtriers entre militaires et partisans d’AQ. Il va de soi que les services pakistanais, américains et britanniques collaborent étroitement dans ce cadre et cela a permis des centaines d’arrestations. Néanmoins, la région frontalière avec l’Afghanistan, terre de tribus autonomes, est devenue un sanctuaire pour les talibans chassés d’Afghanistan et de leurs amis jihadistes d’AQ. Et ceci malgré les 80 .000 soldats pakistanais présents dans la zone.

Al-Badhr Mujahedin

Organisation islamiste se référant à Al Qaida. Active au Cachemire contre l’armée indienne. Crée en 1998, serait une scission du Hizb ul-Mujahidin. Aurait des liens en Afghanistan avec le chef de guerre islamiste Gulbuddin Hekmatyar’s et son mouvement Hizb-I-Islami. Son leader est Bahkt Zamin. On estime qu’il compte un noyau dur d’une centaine de militants.

Harakat ul-Jihad-i-Islami (HUJI)

Groupe extrémiste Sunnite crée en 1980 pour combattre les soviétiques en Afghanistan. Les activités de ce « Mouvement de la Guerre Sainte Islamique » se sont tournées depuis vers le Cachemire où il mène des atatques contre l’armée indienne. En 1995, il a kidnappé des touristes occidentaux qui furent assassinés. Il compterait plusieurs centaines de membres. Il existe un groupe du même nom qui est actif au Bengladesh et qui fut soupçonné, entre autres, en 2000 d’avoir été mêlé à un attentat visant le premier ministre

Hizbul-Mujahidin (HM)

Le plus important des groupes actifs au Cachemire . Fondé en 1989, il se compose à la fois d’une aile qui veut rattacher le Cachemire au pakistan et une aile qui ne veut que l’indépendance. Ce groupe est en fait l’aile militaire du principal parti politique islamique du Pakistan : le Jamaat-i-Islami. Ses cibles sont les forces de sécurité indienne et les politiciens pro-indiens du cachemire. Ils auraient participé dans les années 90, à la campagne militaire qui a permis aux talibans de prendre le pouvoir en Afghanistan. Son chef est Syed Salahuddin.

Jamiat ul-Mujahidin (JUM)

Petit groupe formé en 1990 et actif au Cachemire

Sipah-i-Sahaba/ Pakistan (SSP)

Groupe Sunnite sectaire, appelle régulièrement au meurtre contre les chiites. A été interdit à 2 reprises par le président Musharraf (il s’était brièvement reconstitué sous le nom Millat-i-Islami)

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